Comment les memes ont changé le hip-hop : partie 2

August 21, 2020
Hip-hop
Mehdi Ouahes

Les memes se sont donc frayés un chemin dans le hip-hop jusqu’à devenir une part essentielle de la musique et de la promotion, à tel point que des artistes se transforment volontairement en contenu viral pour gagner en visibilité. En parallèle de cette tendance, un nouveau sous-genre de rap s’est développé, et avec lui des artistes qui, baignant dans la culture internet, y puisent l’inspiration pour des morceaux absurdes et humoristiques.

From comedy to memes

Il faut bien avouer que le hip-hop est un genre très propice à la parodie avec ses personnages hauts en couleur ou ses clichés en termes d’apparence (chaînes en or, vêtements extravagants) et de paroles (la drogue et l’argent pour le gangsta rap par exemple).

Le hip-hop satirique a fait son apparition dans les années 1990 : “Weird Al” Yankovic, pionnier des parodies de chansons, reprend les grands titres de l’époque en y ajoutant des éléments absurdes, comme dans sa reprise Amish de Gangsta’s Paradise de Coolio.


Le « comedy rap » comme genre à part entière commence à émerger dans les années 2000, notamment avec « I got high » de Afroman et avec les premiers succès de The Lonely Island à la télévision et surtout sur internet (« Dick in a Box », « I’m on a Boat », « Like a Boss », « I Just Had Sex »…). Il se distingue par un style satirique où les traits des personnages et les paroles sont intentionnellement exagérés. Souvent, les artistes font semblant d’être machos et ultra-virils, contrastant avec le ridicule de leurs paroles.

Ce n’est que dans les années 2010 que ce genre explose, bien aidé par la popularité de Youtube. Même des artistes « sérieux » bénéficient du buzz généré par le comedy rap, à l’image de Macklemore et Ryan Lewis avec « Thrift Shop » (2012) ou de Doja Cat avec « Mooo! » (2018), une chanson où elle rappe sur son souhait de devenir une vache.

Dans l’univers du hip-hop, ce sont Lil B et Riff Raff qui donnent une certaine légitimité au rap parodique. Ce sont des rappeurs très excentriques : Lil B porte des robes, se donne lui-même le surnom de « Based God » et crée un meme autour de sa phrase fétiche, « Thank You Based God » ; Riff Raff a les cheveux en tresses, des grills colorés ou en forme de dents de requin et des tatouages partout (dont les logos de MTV et de BET). Ils se construisent tous deux une véritable légion de fans sur Internet.

       

Meme rap ?

Selon le site Knowyourmeme.com, le meme rap est « un sous-genre de hip-hop qui est créé dans l’intention de devenir viral, normalement comme une blague et/ou une parodie de genres importants tels que le gangsta rap et la trap. […] Le meme rap se caractérise par une production lo-fi nébuleuse, des clips simplistes, des rimes peu recherchées voire faciles et des paroles intentionnellement stéréotypées, le tout dans un but humoristique.»

Le meme rap est surtout créé par des rappeurs très jeunes (de 16 à 23 ans) qui s’amusent à casser les codes et à se moquer des tendances populaires comme le mumble rap. Il est créé dans le but de devenir « viral » et de générer des commentaires, peu importe si ce sont les réactions énervées des anciennes générations ou les likes des initiés. Les rappeurs se prennent très peu au sérieux : il n’y a qu’à voir Ugly God qui a fait un morceau où il se clashait lui-même !

Le meme rap vire souvent vers l’absurde. Les paroles reprennent des éléments de la culture internet, les instrus trap comportent souvent des basses saturées, des changements de rythmes soudains et inattendus, des paroles satiriques et parfois insensées, rappées ou chantées à l’autotune. Ou bien c’est juste un seul mot répété pendant trois minutes.

                                   

Qu’on appelle cela le rap parodique, le meme rap ou le rap ironique, ce style est caractéristique d’une génération entière qui a connu Internet depuis l’enfance, qui porte un regard presque extérieur sur le monde et qui fait de la musique sans trop se prendre au sérieux.

MEME ME UP!

L’artiste lui-même peut devenir un « meme vivant » pour faire avancer sa carrière et créer le maximum de buzz, aussi bien autour de lui qu’autour de sa musique.

Tekashi 6ix9ine, qui est certainement le rappeur le plus controversé de sa génération, est l’archétype du rappeur-meme avec ses cheveux couleur arc-en-ciel, les « 69 » tatoués partout sur son corps, ses frasques sur les réseaux sociaux, son insouciance destinée à faire parler et, en général, une quête perpétuelle du buzz. Cette technique de promotion fonctionne tellement bien que même durant son procès, des images de lui sont devenues virales avec le meme « 6ix9ine Snitch » (balance).

           

           

                                             

               

                                                 

Créateur ou accélérateur de carrière, outil de promotion, façon de composer un morceau, parodie du genre ou genre parodique, le meme est devenu avec les réseaux sociaux un élément central du monde du hip-hop. Un artiste peut même savoir ce qui se dit de lui et sa musique en consultant les memes à son sujet. Une photo, une couverture d’album, un couplet ou une punchline peuvent enflammer la toile et se transformer en tendances portées par les plateformes comme TikTok, Instagram ou anciennement Vine. Dans certains cas, ils font ou défont une carrière, à l’image de la vague de montages sur Meek Mill après son clash avec Drake. Aujourd’hui, des rappeurs de la nouvelle génération semblent obsédés par le buzz et sa conversion en écoutes et en ventes d’albums. Pourtant, en regardant les chiffres décevants d’un Lil Pump, qui a acquis une très grande notoriété à coups de stories Instagram et de controverses, et qui multiplie les tentatives de buzz infructueuses cette année, on est en droit de se demander si un rap fait pour attirer l’attention est viable sur le long terme.

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